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26 févr. 2010

Odilon Redon, l'oeuvre au noir 2/2


« Je parle à ceux qui cèdent docilement et sans le secours d’explications stériles, aux lois secrète et mystérieuses de la sensibilité du cœur ».

Abondante et variée, l’œuvre d’Odilon Redon peut se classer en trois thèmes : les noirs, les pastels et les huiles. Plus que peintre, Redon, pourtant redoutable coloriste, est un dessinateur. Mais le sujet de ses dessins (fusains ou gravures, que l’on regroupe sous le titre « les noirs ») n’est pas l’étude classique pour une peinture, un portrait ou un paysage, mais bien des dessins des mondes imaginaires et intérieurs de l’artiste.


« Je voudrais vous convaincre, que tout ne sera qu’un peu de liquide noir huileux, transmis par le corps gras et la pierre, sur un papier blanc, à seule fin de produire chez le spectateur une sorte d’attirance diffuse et dominatrice dans le monde obscur de l’indéterminé. Et prédisposant à la pensée.

Voilà ce qui devrait vous suffire. Toutes les raisons que je vous donnerais sur la contexture de mes albums vous paraîtraient insignifiantes et puériles; elle leur enlèverait le prestige qu’ils doivent avoir. Encore une fois, il est bon d’entourer toute genèse d’un mystère. »

C’est assez rare dans l’histoire de la peinture française pour être soulignée. Peu d’artistes avaient considéré le dessin et la gravure comme œuvre en soi. Et personne n’avait songé utiliser les possibilités du fusain ou de l’eau-forte pour exprimer, non pas un réel existant et magnifié, mais bien un monde inconscient. Presque un siècle avant les surréalistes, Redon innovait dans cette démarche, que l’on a rattachée au courant symboliste.

Passionné par les sciences – biologie et botanique-, féru de mythologie, Redon est aussi un grand lecteur : Poe, Shakespeare ou son ami Mallarmé. Tout cela a renforcé l’imaginaire d’un artiste, qui avoue sa fascination pour les êtres hybrides, et le fantastique. Même s’il s’en défend, il aime transfigurer le réel. « Le surnaturel ne m’inspire pas. Je ne fais que contempler le monde extérieur, et la vie », écrira-t-il en 1904. Aussi, dans un parcours atypique, il propose une série de dessin que l’on n’avait jamais vu dans l’art, ce qui n’échappe pas au groupe des peintres Nabis dont Redon est l’ami.

C’est vers 1875, à 35 ans et avec une solide expérience en tant que dessinateur et graveur, que Redon se tourne vers le fusain. « C’est une matière mal vue des artistes, et négligée. Que je le dise pourtant, le fusain ne permet pas d’être plaisant, il est grave », écrira-t-il en 1894.

On connaît l’admiration de Redon pour Rembrandt et pour Léonard de Vinci. Le premier est le maître du clair-obscur, le second du sfumato. Mais Redon voit dans le noir une couleur à part entière, avec ses dégradés, ses nuances pour passer du noir au blanc. Redon utilisait différents types de fusains, aux nuances différentes, tirant vers le brun ou le roux. Il travaillait aussi sur des papiers colorés bleus ou roses, mais la mauvaise conservation des dessins n’a pas permis de garder les couleurs originales. Cet usage du fusain correspond aussi à une période difficile de sa vie : deuils, épisodes dépressifs, remise en questions.

Redon continuera de dessiner toute sa vie. Mais jamais il n’attendra la richesse et la profondeur des noirs. Il reviendra à un dessin plus classique de fleurs et d’arbres, dus aussi à des travaux de commandes décoratifs.

Plus que la peinture à l’huile, Redon se tourne vers le pastel et lui redonne sa place de médium à part entière. Avant lui, Fantin-Latour ou Edgar Degas avait réalisé de nombreux portraits et paysage au pastel. Mais ce n’étaient que des études, pas des sujets à part entière. Le pastel était travaillé en fluidité, et très unifié. Redon va utiliser le pastel avec des craies noires et ne pas fixer sa dernière couche pour garder un éclat et une fraîcheur des couleurs. Il abandonnera d’ailleurs en 1912 l’usage du fixatif, préférant encadrer ses pastels sous verre.

Le pastel permet aussi d’évoquer des sujets « symbolistes ». La poudre de pastel fragile reste en suspens sur la surface du papier dont elle épouse le grain. Pour exprimer les sensations troubles, le mystère, les rêves, la technique du pastel est idéale. Plus qu’un portrait c’est le dessin d’une âme qui naît. De plus Redon reprend dans certains de ses pastels des éléments des peintures chinoises et japonaises, ce qui l’affilie aussi aux Nabis. Il introduira aussi – en souvenir de l’icône – la peinture dorée et argentée (Cellule dorée 1892).

Homme discret, doux rêveur, érudit, Odilon Redon laisse une œuvre singulière où le mystère et l’étrange côtoient la poésie et le rêve ouvert. Ses pastels les plus célèbres font partie des collections permanentes du Musée d’Orsay à Paris. Allez les contempler et laissez-vous bercer par la magie des couleurs ou par ce « petit supplément d’âme » du roi des mondes imaginaires.

Bibliographie

A soi-même: Journal, 1867-1915 : notes sur la vie, l'art et les artistes – Odilon Redon –Corti

Odilon Redon de Jean Vialla – Poche Acr éditions

En chinant, vous pourrez trouver des livres de reproductions des dessins de Redon, actuellement épuisés