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26 févr. 2010

Dürer, l'oeuvre peinte


« Plus ton œuvre sera exacte dans ton apparence, et plus ton œuvre plaira ».


Dürer est aussi l’un des premiers peintres à se pencher sur l’autoportrait. Le premier est réalisé à l’âge de 13 ans et montre déjà une maturité et un talent pour le dessin. Mais toute sa vie Dürer se représentera, reflétant le temps qui passe et ses émotions intérieures.

Il se dessine aussi nu, ce qui n’avait jamais été fait dans l’art.Il apparaît jeune et fier dans ses premiers autoportraits, et observe en lui les mutations et le temps qui passe.

Dans le portait de 1493, il se met en scène à la façon des maîtres italiens, revêtu du costume du peintre. En 1500, il se représente à la façon d’un Christ. On sait que Dürer était profondément religieux – s’il a été séduit par les idées de Luther, il n’a jamais abandonné sa foi catholique. Par cette peinture, Dürer ne veut pas dire qu’il est un dieu créateur mais bien un homme qui, par la souffrance dont il a fait l’expérience, suit un parcours christique. L’expression est grave, et nul doute que Dürer a tenté d explorer les multiples facettes du moi, une idée novatrice pour l’époque.

N’oublions pas que l’Allemagne était troublée par des révoltes paysannes, des épidémies de peste ou de syphilis. Les gens pensaient la fin du monde proche, et Dürer lui-même a toujours été préoccupé par l’idée d’une mort prochaine.

Dürer réussit aussi dans ce portrait de 1500 à inverser les rôles. On a l'impression que le sujet interroge, qu'il vous regarde dans les yeux comme pour renvoyer à vous-même, à votre propre visage, comme pour nous dire : qui es-tu ? Jamais peintre de la Renaissance n'avait atteint cette profondeur d'expression (bien évidemment la petite reproduction ci-dessus ne peut pas donner l'impression que l'on ressent davant l'original).

Dürer est également le premier grand peintre allemand. Inspiré par les idées de la Renaissance sur le rôle de l’artiste comme passeur de la beauté, Durer va propager les idées nouvelles sur l’art et sur la science. Même s’il vit dans une réalité difficile, il réunit autour de lui des éditeurs, des philosophes et étudiants.

Les quatre Apôtres, dytique peint en 1526, deux ans avant la mort de l'artiste, constitue en quelque sorte son testament pictural : la symétrie entre les deux panneaux est parfaite ; la silhouette des personnages, loin de l’hiératisme souvent associé aux représentations en pied, donne à l'ensemble un caractère grandiose ; leur position sur deux plans différents produit une impression de profondeur. Le rythme est suscité par la luminosité et la couleur. Le panneau où figurent saint Jean et saint Pierre est caressé d'une lumière rasante, sur des couleurs chaudes ; à l'inverse, celles des manteaux de saint Paul et de saint Marc sont d'une froideur qu'accuse une lumière blanche et violente. Cette opposition picturale est aussi une première. Il faudra attendre 2 siècles pour que les premières théories de la couleur voient le jour.

L'expression des visages permet d'identifier les saints aux quatre tempéraments de l'homme :

- le sanguin est personnifié par le visage doux mais rubicond de saint Jean,

- le colérique sous les traits d'une certaine agressivité de saint Marc,

- le mélancolique par l'austère saint Paul,

- le flegmatique par un saint Pierre au visage las.


Mélancolia I.

Dans cette œuvre, Dürer a résumé l'état de ses connaissances, mais c'est toutefois une gravure, Mélancolie I (1514), qui pourrait être qualifiée de manifeste du peintre : cette gravure sur cuivre doit être comprise comme la synthèse symbolique de la Mélancolie et de la personnification de la Géométrie.

Représentée sous forme d’ange, le visage est sombre. Selon Hippocrate, la mélancolie est la bile noire ou humeur noire. Ses attributs traditionnels sont : le motif du poing fermé, la bourse, les clés et la chauve-souris, des images choisies bien avant Dürer. À ces éléments, l'artiste ajoute le compas, la sphère, l'équerre, le rabot, le marteau, autant de symboles liés à la Géométrie. Au sol, des outils de graveur, en hommage aux années de compagnonnage et à l’initiation du futur maître allemand.

Mais Dürer glisse aussi un carré magique de valeur 34, allusion à ses études et ses recherches en mathématiques. Par ailleurs, les carrés magiques sont présents dans les traditions ésotériques. Des études sur ce carré magique montrent qu’il s’agit d’un carré dit gnomon que l’on retrouve dans certains manuscrits du Moyen-Age et qui est dédié à Jupiter. Dürer aurait-il, non sans un certain humour, souligné que Jupiter, symbole de jovialité était le meilleur recours pour combattre la mélancolie ? Où plus simplement, la présence du divin en soi.

Bien des interprétations ont été données sur cette étonnante gravure. Il est possible que Dürer ait été en contact avec des sociétés ésotériques.

Plus simplement, dans cette gravure, outre tous les éléments qui ont fait sa vie et son œuvre, l’artiste exprime ses tendances à la mélancolie et au doute, à sa condition d’homme et de créateur.


Bibliographie

- Albrecht Dürer, Le songe du docteur et La sorcière : Nouvelle approche iconographique de Claude Malowski aux éditions La Différence

- Traité des proportions : Lettres et écrits théoriques (Broché) de Dürer – Hermann

- La vie et l’art de Dürer de E. Panofsky – Hazan.